Ronaldo Nazário, le Fenomeno qui faisait sprinter les défenseurs vers la retraite

par WebMaster19 aout 20268 vues

Ronaldo Nazário, le Fenomeno qui faisait sprinter les défenseurs vers la retraite

Ronaldo Nazário n’a pas seulement marqué des buts : il a humilié des plans de jeu entiers avec la délicatesse d’un déménageur pressé. Entre génie pur, genoux en grève et résurrection mondiale en 2002, son histoire ressemble à un feuilleton que même les scénaristes les plus dopés au café auraient trouvé trop chargé.

Ronaldo Nazário, le Fenomeno qui faisait sprinter les défenseurs vers la retraite visuel secondaire

Il y a des joueurs qui dribblent pour avancer, et puis il y a Ronaldo Nazário, qui dribblait comme s’il avait reçu une facture urgente à régler derrière le but. Le football des années 1990 croyait encore aux défenseurs costauds, aux marquages virils et aux libero moustachus. Puis le Brésilien est arrivé, et tout ce petit monde a découvert qu’un crochet pouvait provoquer plus de panique qu’un contrôle fiscal dans un club mal administré.


Né à Rio de Janeiro en 1976, Ronaldo explose très tôt au Cruzeiro, où il attire les regards européens avant même que les recruteurs aient fini leur café. En 1994, il part au PSV Eindhoven, à seulement 17 ans. Là-bas, aux Pays-Bas, pays des moulins, du fromage et des défenseurs soudainement très inquiets, il empile les buts avec une facilité presque impolie. Le gamin n’a pas encore vingt ans qu’il donne déjà l’impression d’avoir téléchargé le mode expert du football.


En 1996, le FC Barcelone met la main sur le phénomène. Une seule saison, mais quelle saison : 47 buts en 49 matches toutes compétitions confondues. Une parenthèse catalane si violente qu’on dirait un passage éclair dans une boutique où il aurait renversé tous les rayons avant de repartir avec la caisse. Son but contre Compostelle, slalom absurde conclu malgré les défenseurs accrochés à lui comme des passagers sans billet, devient un morceau de musée. Bobby Robson, sur le banc, avait l’air de voir un grille-pain parler latin.


Cette saison-là, Ronaldo Nazário remporte notamment la Coupe des coupes et la Coupe du Roi avec le Barça. Il est élu meilleur joueur FIFA en 1996, puis décroche le Ballon d’Or 1997. À 21 ans, il a déjà plus de récompenses qu’un vieux notable de fédération en fin de banquet. L’Inter Milan casse ensuite sa tirelire en 1997 pour l’attirer en Italie, à l’époque le championnat le plus dur du monde, un endroit où les attaquants venaient généralement vérifier la solidité de leurs tibias.


À l’Inter, Ronaldo continue d’être Ronaldo, ce qui est très pratique quand on aime voir des défenseurs reculer en priant leur assureur. Il gagne la Coupe UEFA en 1998, avec une finale remportée contre la Lazio. Mais la même année, la Coupe du monde en France ajoute une couche de mystère à la légende. Le Brésil arrive en finale, Ronaldo est la star du tournoi, puis survient l’épisode trouble d’avant-match, avec un malaise largement rapporté. Il joue finalement contre la France, mais les Bleus gagnent 3-0. Pour les Brésiliens, c’est un traumatisme national ; pour les Français, un 14 juillet en avance avec Zidane en maître de cérémonie.


Le pire, pourtant, n’était pas là. En novembre 1999, Ronaldo se rompt le tendon rotulien du genou droit. Il revient en avril 2000 lors d’une finale de Coupe d’Italie contre la Lazio, et se blesse à nouveau après quelques minutes. Là, même les scénaristes de tragédie grecque auraient demandé une pause, histoire de respirer dans un sac en papier. Pendant que certains attaquants perdaient leur vitesse avec l’âge, lui se voyait confisquer son corps par des blessures brutales, comme si le destin avait décidé de tacler par derrière sans carton.


Et puis vient 2002. La Coupe du monde en Corée du Sud et au Japon ressemble à une audience de réhabilitation. Ronaldo Nazário arrive avec une coupe de cheveux restée célèbre, détail capillaire que l’histoire du football n’a toujours pas totalement digéré. Mais surtout, il marque huit buts, termine meilleur buteur du tournoi et inscrit les deux buts de la finale contre l’Allemagne. Brésil 2, Allemagne 0. Cinquième étoile pour la Seleção. Oliver Kahn, jusque-là muraille bavaroise en gants, découvre qu’un rebond malheureux peut transformer une finale en cauchemar administratif.


Après ce triomphe, Ronaldo rejoint le Real Madrid des Galactiques. Avec Zidane, Figo, Roberto Carlos et compagnie, le vestiaire ressemble moins à une équipe qu’à une réunion de collectionneurs de Ballons d’Or. En 2003, il signe un triplé à Old Trafford contre Manchester United en Ligue des champions. Le Real perd le match 4-3, mais se qualifie sur l’ensemble des deux rencontres. Le public anglais lui offre une ovation. Quand Old Trafford applaudit un adversaire, c’est que le type vient de faire autre chose que courir correctement entre deux panneaux publicitaires.


Ronaldo connaîtra ensuite l’AC Milan, puis Corinthians au Brésil, avant de prendre sa retraite en 2011. Entre-temps, il devient en 2006 le meilleur buteur de l’histoire de la Coupe du monde avec 15 buts, un record dépassé plus tard par Miroslav Klose en 2014. Il n’a pas eu la carrière parfaitement lisse que les comptables adorent ranger dans des colonnes. Il a eu mieux : une trajectoire cabossée, brillante, impossible à confondre, avec des sommets si hauts que même les blessures n’ont jamais réussi à les masquer.


Ronaldo Nazário laisse donc l’image d’un attaquant qui a changé la définition du numéro 9. Avant lui, on demandait à un avant-centre de finir les actions. Avec lui, il les inventait, les dynamitait, les terminait, puis repartait pendant que les défenseurs cherchaient encore le mode d’emploi. Le Fenomeno n’a pas seulement marqué son époque ; il l’a débordée côté gauche, crocheté côté droit, et plantée au fond sans demander l’autorisation. Très mal élevé, vraiment. Mais quel bonheur.